Encre végétale : Boulechite !??

encre-vegetale

Lorsqu’un consensus voit le jour et que tout le monde s’entend pour tirer profit d’une situation qui manque de transparence, il faut parfois savoir remettre en cause certains acquis !

Aujourd’hui, notre imprimerie s’interroge sur l’objectivité du bénéfice environnemental des encres végétales.

État des lieux

Le milieu de l’imprimerie a longtemps souffert d’une image de pollueur et l’on considérait les imprimeurs comme un cancer grignotant le poumon vert de la planète. De plus, les produits utilisés n’avaient rien d’écolo : développeurs, révélateurs, couches argentiques… le tout finissant trop souvent à l’égout.

Les imprimeurs qui ont joué le jeu, et ceux qui ont flairé le bon filon, ont compris l’intérêt de changer leurs façons de produire en adoptant une nouvelle conception de l’impression.

De nombreuses initiatives ont vu le jour : Imprim’Vert®, FSC, PEFC, Ange Bleu, CTP sans chimie, ISO 14001, recyclage du papier, valorisation des déchets, technologies vertes, bâtiments HQE®…

Critère décisif

Nous mesurons chaque jour combien notre engagement écologique peut décider les clients à nous confier leurs travaux d’impression. L’une des interrogations que nous recevons le plus souvent concerne l’utilisation d’encre végétale.

– « Est-ce que vous utilisez des encres végétales* pour imprimer ? »
– « Bien sûr que oui, nous sommes une imprimerie écologique ! »

* encre végétale : encre d’origine naturelle à base de végétaux, alternative aux encres minérales à base d’hydrocarbures pétroliers.

Comment est fabriquée une encre végétale ?

Nous aurions pu continuer à faire comme tout le monde et répondre à nos clients par l’affirmative, sans toutefois savoir ce qu’il y avait dans ces encres… mais nous sommes trop curieux!

Après avoir examiné sans succès l’étiquette du produit et contacté notre revendeur sans plus de réponse, je me suis tourné vers le fabricant de nos encres d’impression. J’ai donc appelé la société  Sun Chemical afin d’en savoir d’avantage sur les encres végétales de la gamme Intense TM que nous utilisons à l’imprimerie.

C’est un ingénieur de la division Sheetfed qui m’a répondu. Après une présentation d’usage, je rentre dans le vif du sujet en questionnant sur le processus de fabrication des encres végétales et leur composition.

La personne me renvoi vers les fiches de « sécurité ». Les ayant déjà consulté, je lui explique qu’elles n’apportent aucune réponse à mes questions. Visiblement mal à l’aise face à mon insistance, la personnes invoque le secret de fabrication pour ne pas révéler la composition même sommaire des encres.

De l’huile de palme dans les encres d’impression

Je suis donc resté avec des questions sans réponse, du moins, avant de tomber sur la synthèse d’un forum sur les achats responsables auquel participait Michel Vanhems, directeur européen du centre de profits de l’entreprise Sun Chemical.

Interrogé sur les problèmes de déforestation liés à l’exploitation de l’huile de palme, voici ce qu’il répondait :

«Lorsque l’on utilise des sources végétales, il faut bien les planter quelque part, et il faut les traiter. Sun Chemical a investi dans ses propres plantations, en Chine, sur certains végétaux […] Sun Chemical doit suivre la demande de son marché : il doit à la fois maintenir son avance, tout en restant raisonnable dans certaines exploitations. »

Téléchargez la synthèse du forum Buy&Care sur les achats reponsables dans la communication imprimée (Source Pollutec-UNIC 2 Décembre 2008)

L’avis de notre imprimerie sur l’encre végétale

Sans vouloir approfondir d’avantage la polémique déjà très médiatisée autour des plantations de palmiers, il faut reconnaitre que l’exploitation de l’huile de palme a de graves conséquences sur l’environnement et la biodiversité (déforestation et mono-culture).

J’aimerais illustrer mon point de vu par un parallèle avec le bio-carburant.

L’idée de créer une encre alternative aux encres minérales est en soit excellente tout comme celle de trouver un carburant alternatif aux énergies fossiles.

Mais dans les deux cas il faut cultiver d’avantage et donc de manière intensive. Les agrocarburants et l’encre végétale sont donc issus de l’agriculture intensive (voir industrielle) et utilisent des engrais chimiques, des herbicides, des fongicides, des insecticides, des régulateurs de croissance, ou encore une irrigation intensive.

Autrement dit : le bénéfice écologique gagné d’un côté est perdu de l’autre.

Les solutions

Avoir recourt à l’agriculture bio pour produire des encres végétales n’est pas économiquement viable, je crois qu’il faut définitivement oublier cette éventualité.

Un boycotte des encres dites végétales par l’ensemble des imprimeurs me parait inconcevable et je ne vois pas quel serait l’intérêt des fabricants d’encre à chercher une nouvelle formule sans une telle pression.

Je crois qu’il faut prendre le problème à la base en tenant compte de la réalité du marché : un encadrement plus strict de la production d’huile de palme semble la piste la plus plausible.

En ce sens, les espoirs de voir un jour une culture du palmier à huile durable et respectueuse de la biodiversité sont entre les mains de l’institut français de recherche agronomique, le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement).

Cet organisme a comme objectif de concilier la demande croissante en huile de palme et l’environnement pour maintenir un bon équilibre. Je pense qu’il peut apporter une vraie réponse quant aux méthodes de production débridées de l’huile de palme et ainsi améliorer la qualité environnementale des encres végétales.

Pour l’instant, nous continuons à utiliser des encres végétales à l’imprimerie car c’est à l’heure actuelle la meilleure solution pour imprimer… ou la moins pire !!

About the author
Community Manager de l'imprimerie Villière (imprimerie écologique).

16 Comments

  1. Décidément, les choses ne sont jamais aussi simples qu’elles en ont l’air. Ce n’est pas parce qu’une solution se présente comme plus respectueuse de l’environnement qu’elle l’est vraiment…

    Abandonnons nos certitudes, posons-nous des questions sur tout ! (sans oublier d’agir, bien entendu)

    Merci pour l’article, passionnant !

  2. bonjour
    Analyse cohérente que celle qui est faite sur l’huile de palme. On pourrait y ajouter – pour d’autres producteurs – la déforestation nécessaire à la mise en place de culture de palmiers (Malaisie notamment). D’immenses surfaces de forêt tropicale sont ainsi rasés pour satisfaire la demande occidentale en huile de palme… sous prétexte de vouloir consommer des produits écologiques!
    Utilisons les encres végétales, dès que les plantations de palmiers auront reçu un label de type FSC.
    cordialement
    Laurent Guenat
    ingénieur HES en imprimerie

  3. @Laurent Guenat, merci pour votre retour qui me permet de pousser plus loin mon raisonnement.

    Je me demande si le fait de labelliser FSC une plantation de palmier aurait un impacte bénéfique sur l’environnement.

    Partons du principe que les palmiers abattus lors de l’exploitation de l’huile de palme sont de toute façon replantés par l’exploitant de manière à pouvoir à nouveau tirer profit de son terrain.

    En tant qu’utilisateur d’encre, une certification m’assurant que mon fabricant va bien reboiser les plantations pour continuer sa production ne ferait que combler mes craintes quand à une éventuelle rupture de stock.

    Effectivement, il y aura un renouvellement de la végétation à la place de la forêt originelle… mais il s’agira de mono-culture, et qui dit mono-culture dit faible biodiversité.

    Mais alors, quelle(s) solution(s)? Je planche sur les travaux du CIRAD pour apporter une suite à ce premier article.

    J’attends vivement vos réactions qui seront une vraie contribution sur un sujet qui risque de faire couler beaucoup d’encre !

  4. Merci pour ces infos.
    Une fois de plus, il faut toujours ce méfier des étiquettes bio, écolo etc …
    Souvent les fabricants mettent des ingrédients bio, car ils ne sont pas obligé de détailler le processus de fabrication des ingrédients, qui souvent est loin d’être écolo.

    Donc encore merci de m’avoir ouvert les yeux sur ce point.

  5. Bravo pour cet article et cette prise de conscience! Etant moi même salariée dans l’industrie graphique, je desespérais de trouver ce type de questionnement.
    Encre végétale oui mais avec quelle traçabilité? Pourquoi remplacer le pétrole par de l’huile végétale? mais oui mais c’est bien sûr, pour compenser l’épuisement des ressources pétrolières ou alors pour rendre les encres commestibles ou bien encore pour heu ben faire du marketing…
    Ai je été stupide de penser que c’était par souci d’écologie!
    Bravo pour votre article Bravo!

  6. sans parler du soja utilise pour les encres vegetales…qui viennent tres probablement des cultures sud americaines…
    le meilleur encre serait-ce celui qu’on n’utilise pas? ou en tout cas: le moins possible

  7. @Shabnam,
    je dirais qu’entre consommer sans se poser de question et ne plus consommer il y a un juste milieu… qu’il s’agisse d’impression, d’une nouvelle brosse à dents ou de tout autre produit (ou service).

    Réaliser un choix responsable et éclairé (en sachant garder un sens critique) me semble être l’alternative à suivre.

  8. Bonjour,

    Je travaille dans un département marketing et je dois développer de nouveaux sacs papier pour notre entreprise en ce moment.

    Nous nous posions la question de l’usage de papier FSC et d’encre végétale (non pas pour mettre le label sur le sac mais tout simplement parce que nous essayons d’être au maximum socialement responsables).

    L’imprimeur avec qui nous travaillons nous affirme que son papier est FSC et que l’usage d’encre végétale coûte seulement 10% de plus sur le prix total du sac et j’allais donc sauter le pas si je ne m’étais pas un peu renseignée.

    Je voulais au départ simplement comprendre la différence entre encre végétale et encre à l’eau et voilà que j’apprends que les encres végétales (comme beaucoup d’autres produits devenus à la mode du jour au lendemain) favorisent la monoculture intensive.

    Je ne souhaite pas payer 10% de plus mes produits pour encourager des méthodes de productions qui ne sont pas réfléchie mais seulement une réponse à court terme à la mode du moment.

    Merci pour votre article et vos commentaires. Je vais continuer à chercher une bonne solution pour nos sacs, essayer de comprendre notamment le principe des encres à l’eau. N’hésitez si vous avez un conseil à me donner sur la bonne encre/le bon papier.

  9. Salut Camélia (très joli nom au passage),
    notre article n’a pas pour vocation d’enrayer l’utilisation d’encre végétale, mais d’ouvrir le débat quant au manque de transparence sur ce produit.

    A mon sens (bien que je ne puisse encore le prouver), elles restent une solution alternative aux encres à base d’hydrocarbures… et surtout un signal fort de la part des consommateurs.

    Si 1 imprimeur ne peut faire pression sur de grands groupes à lui seul, il peut le faire en s’associant à d’autres. Nous y pensons sérieusement :).

    Pourtant, bien souvent, les gens ne savent pas (ou ne cherchent pas) à en savoir d’avantage. Pour eux c’est bon parce que c’est végétal.
    Si ton imprimeur te fait payer 10% de plus, c’est qu’il n’a pas généralisé l’utilisation d’encre végétale pour ses impressions?

    Pour ce qui est du papier FSC, il peut effectivement t’en proposer sans être certifié (tu ne pourras pas légalement le mentionner), mais la certification FSC existe justement pour ça. Après, tout dépend du niveau de confiance que tu lui accordes.

  10. Bonjour,

    A chaud, ce problème me semble Cornellien. Faut-il sacrifier les eaux ou sacrifier l’air et le climat ?

    Sincèrement, ce n’est absolument pas ce type d’initiative qui peut résoudre le problème de l’impression. D’autant plus que ce sont les régions qui ne consomment pas d’impression qui devraient laisser leurs terres arables pour ça… c’est humainement impensable !

    Cela dit, la chimie est elle aussi une catastrophe…
    Mais elle a (je mets des énormes guillemets) «  » » » » »au moins l’avantage » » » » » » » de ne polluer que « SES » consommateurs.
    Enfin, si l’on peut dire…

    Cela dit, ils trouveront bien une solution, les pigments existent, les liquides existent alors…

    Il existe un petit film de 24 minutes assez clair sur la culture du Soja… il est ici en deux parties :
    http://www.dailymotion.com/video/xckkke_l-or-vert-1sur2_news#from=embed
    http://www.dailymotion.com/video/xcklgr_l-or-vert-2sur2_news#from=embed

    Pour l’huile de palme, consultez le film (visible aussi sur le web) « biocarburants : chronique d’un désastre annoncé »

    Merci en tout cas pour ce type de dossier, c’est très intéressant.
    Vivement la suite (positive) !

  11. bonjour .

    SUN CHEMICAL: dit que nous avons une meilleure
    stabilité de notre eau de mouillage sans alcool isopropylique lors de la production en presse avec des ENCRES VEGETALES .Est-ce vrai ?

    Merçi pour vos réponses .

  12. Soja, Colza… dans la composition : il faut rappeler aussi qu’il y a de grandes chances que ce soit des « chimères génétiques » (OGM) de chez « Monstre en Trop »)

  13. En quoi l’encre à base d’huile bio et locale, est-elle économiquement pas viable ? A quand la taxe carbone ? Vous verrez qu’à ce moment-là, quand les hydrocarbures seront plus taxées et que l’huile de palme sera bannie, par principe contre les monocultures, et du fait du coût économique et écologique de son transport, l’encre végétale bio produite localement sera et est peu-être déjà, si l’on fait une bonne promotion là-dessus, rentable !
    Ecologistes de tous les pays, unissez-vous !

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